Dis-moi Frigoulette, qui était Sœur Anne-Marie Antigo ?

Née dans le quartier Saint-Jacques de Perpignan le 19 janvier 1602, Anne-Marie Antigo entre à l’âge de 19 ans au couvent royal de Sainte-Claire. Son éthique personnelle tient en trois phrases : foi en Dieu, amour du prochain et attachement à sa patrie catalane.

Les Clarisses étaient si bien considérées par les Perpignanais, qu’à la prise de la ville en 1344, lors des guerres de familles opposant Aragon et Majorque, le mot d’ordre était : « Astalbiau las monjas, Astalbiau las monjas ! » (Épargnez les religieuses), car elles faisaient le bien et soignaient malades et blessés.

 

Jacques Ier d’Aragon dit Jacques le Conquérant

C’est Saint-François  de Borgia en 1548, alors vice-roi de Catalogne qui installe les Clarisses dans les nouveaux locaux sur la Paroisse la Réal. Ce couvent du fait de la volonté de Charles Quint sera appelé « Couvent Royal ».

Saint-François de Borgia – Charles Quint

En 1652, lors de l’annexion du Roussillon à la France, François de Sagarra, président en mortier (1) du Conseil souverain du Roussillon, obtient de Louis XIV que vingt Clarisses soient expulsées au couvent Sainte-Élisabeth de Barcelone, dont sœur Antigo soupçonnées d’avoir gardé trop d’attaches avec la Catalogne sud.

 

Les présidents du Conseil – Louis XIV

L’exil dura huit ans !

La reine Mère, Anne d’Autriche, pour apaiser les esprits, visite le couvent des Clarisses et promet d’intercéder auprès du roi pour le retour des religieuses précédemment exilées.

Anne d’Autriche – Couvent des Clarisses

En 1660 à la tête de ses sœurs, la Mère Antigo fait un retour triomphal dans sa bonne ville de Perpignan. Après cet événement, elle est désignée Mère abbesse.

A l’âge de 74 ans, elle voit Sainte-Anne et la vierge qui lui annoncent sa mort prochaine. Après une longue et douloureuse agonie, elle décède le 28 septembre 1676.

Saint-Anne et la Vierge

Son corps est alors déposé dans un sarcophage de verre. Le cercueil est ouvert le 23 mai 1731, en présence de Monseigneur de Llanta qui trouve le corps préservé de toutes marques de corruption. Il en sera de même 40 ans plus tard en 1771.

En 1793, sous la terreur, le couvent est transformé en prison et c’est en effectuant des réparations, en 1805, qu’un ouvrier qui effectue des travaux dans l’ancien couvent met à jour par hasard le cercueil. Le corps, toujours intact, est porté à l’église de la Réal.

Mais en octobre 1940, au moment de la grande inondation de « l’Aiguat » sur le Roussillon, le voilà qui baigne dans les eaux de la Têt. Pourtant, le corps ne sera pas endommagé.

Mais Mère Antigo n’est pas au bout de ses peines. Un matin de 2005, le chevalet qui soutient le coffret casse et le corps s’en retrouve redressé, délivrant documents historiques et piécettes de dévotion populaire glissés discrètement auprès de la sainte.

Couvent Saint Claire à Perpignan

Aujourd’hui encore, Mère Antigo est la sainte de Perpignan. Tant pour sa vie, que pour le miracle de son corps conservé de manière exceptionnelle, sans aucun traitement particulier.

(1) L’office de président à mortier est l’une des charges les plus importantes de la justice française de l’Ancien Régime

Merci Frigoulette…