Châteaux et demeures – La Forteresse de Salse

Au XVe siècle, la chaîne montagneuse des Corbières constitue la frontière naturelle entre la France et l’Espagne. Afin de protéger sa frontière, en 1496, par suite de la destruction du village et du château de Salses par l’armée française, les rois catholiques, Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille, décident la construction de la forteresse.
La construction de la Forteresse fût très rapide pour l’époque, entre 1497 et 1504 ! Afin de se prémunir des invasions françaises,  le choix de l’endroit fut décidé par les Aragonais sur la route de Perpignan par le commandeur Ramírez, grand artilleur du Roi et par l’ingénieur Francisco Ramiro López. Salses joua ainsi pleinement son rôle jusqu’en 1659.
       
Salses est sur une zone d’étangs et de marécages. La forteresse est construite non pas sur un plateau, mais dans une cuvette à l’emplacement de sources fort utiles en cas de siège. De façon à se dérober aux vues et aux coups de l’ennemi, elle était profondément enfouie dans le sol  et en plus les fortes chaleurs de la journée formaient régulièrement une bruine brouillant la vision.
Le fort de Salses est construit en pierre des corbières et en brique d’argile. La première, une pierre calcaire, de couleur bleue, est dure et tranchante. L’argile provient d’Argelès-sur-Mer et sert à amortir les chocs des projectiles. Le fer employé pour les armatures est extrait des mines du Mont Canigou. Il rouille très peu. Les remparts mesurent entre six et dix mètres d’épaisseur et sont enterrés jusqu’à mi-hauteur dans un vaste fossé inondable. La forteresse se divise en deux parties séparées par un large fossé intérieur et une courtine à éperon.
Une courtine est la muraille reliant deux tours. La première partie, à l’est, est constituée par une vaste place d’armes autour de laquelle sont disposés les logements de la garnison, les magasins et les écuries. La seconde partie comprend le donjon. Elle est cloisonnée et n’est accessible que par un pont-levis. Le donjon est conçu de manière à pouvoir vivre en autarcie si besoin est. La nourriture y est entreposée, il possède son propre four et détient la seule source d’eau potable. Détenir ses biens permettait au gouverneur de maintenir son autorité sur ses hommes. La chambre du gouverneur possédait une salle de bain privée avec l’eau courante, un sol carrelé et des tentures sur les murs aujourd’hui malheureusement disparue.
La forteresse est également flanquée au nord-ouest, à l’est et au sud de trois ouvrages extérieurs en forme de demi-lune reliés au corps par des tunnels aux galeries voûtées. Ces tunnels sont masqués de l’extérieur par l’eau des douves, abondamment alimentées par une source de fort débit. A l’intérieur du complexe, tout est mis en œuvre pour ralentir la progression des ennemis : passages étroits formant un véritable labyrinthe, plafond bas, marche irrégulière.
Assiégée, prise et reprise en 1503, 1639, 1640, la place est définitivement conquise par les Français en 1642. Le traité des Pyrénées de 1659 redessine les territoires : moins stratégique, la forteresse perd alors de son importance. À partir de 1691, elle est partiellement restaurée par Vauban. La forteresse repousse un premier assaut au début du XVIe siècle. A l’occasion de la Guerre de Trente ans, les Français prennent la forteresse. L’Espagne envoie un important contingent pour reprendre la place. Surpris, les Français s’enferment dans la forteresse et laissent leurs ennemis mettre le siège. Epuisés et affamés, les Français finissent par se rendent. Avec le traité des Pyrénées de 1659, le Roussillon est rattaché à la France. La frontière recule jusqu’à la ville du Perthus située à une quarantaine de kilomètres au sud de Salses. La forteresse perd son utilité. Sa démolition coutant trop cher, elle est employée comme poste d’observation, puis comme prison. Au XIXe siècle, elle est transformée en poudrière. A cette occasion, les Français remplacent le carrelage de la chambre du gouverneur par un parquet, afin de protéger la poudre. La forteresse de Salses est classée aujourd’hui monument historique en 1886.
A bientôt Frigoulette !

 

 

 

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